De la fidélité envers les commerces...
Je suis plutôt fidèle envers les commerces que je fréquente. L'épicerie, par exemple : lorsque j'en trouve une qui tient les produits que je préfère, je continue a y aller, semaine après semaine, peu importe si cette épicerie est réputée être plus chère que les autres. J'aime savoir où trouver rapidement ce que je cherche. Je ne courre pas les soldes. Tout me coûte probablement plus cher, mais j'ai l'impression que je stresse moins et que je suis mieux servie.
Pour le café du matin, c'est en général la même chose. Mais le service au comptoir présente une différence importante avec les magasins à rayons et les épiceries : c'est la personne derrière le comptoir qui te sert, pas toi-même. Tu dois demander ton produit. Qui dit personne, dit relation. Qui dit relation quotidienne, dit création d'un lien amical. Et vous me connaissez, je suis disons assez joviale et les serveurs finissent par me reconnaitre rapidement et par être très contents de me dire bonjour, avec gentillesse et bonne humeur.
« Jusque là, tout va bien ! », me direz-vous. Et vous aurez raison. Jusque là, tout est parfait. Mais arrive le moment où la personne au comptoir commence à essayer de se rappeler ce que je prends... C'est immanquable, ça m'arrive toujours... Et ce que je commande n'est jamais simple, sans oublier que je ne veux faire aucune concession. Par exemple : un moyen latté déca écrémé. Le serveur me regarde avec un grand sourire et, avant que je n'ai seulement pu ouvrir la bouche, me dit : « un moyen latté ». Et je souris, et je dis : « moyen latté déca écrémé ». « Ha, oui, bien sûr! »
Mais entre le moment où lui a dit « moyen latté » et celui où je réponds « moyen latté déca écrémé », la personne qui fait les cafés, qui m'aime bien aussi parce que je lui dit toujours « Merci et bonne journée! », a déjà commencé à produire le moyen latté, qu'elle a entendu de la bouche de son collègue. Et là, moi, un peu mal à l'aise, j'essaie de m'assurer qu'elle a bien compris le déca écrémé. Et elle de me dire « non, oups, désolée » et de recommencer le café... Chaque fois, mon malaise augmente.
Ça peut même devenir pire. Il vient un moment où la personne à la caisse ne me demande même plus ce que je veux, et la personne au café me regarde avec des yeux confiants et un sourire complice, l'air de dire « ça va, je sais exactement ce que vous voulez ». Rien ne peut me mettre plus mal à l'aise, car je sais pertinemment qu'elle se trompe une fois sur deux!
Bref, dans les cafés, plus on me connaît, plus on essaie de bien me servir, et pire le service devient. Une bonne intention finit par me mettre de plus en plus mal à l'aise. Ce qui fait que je dois changer de café de temps en temps. Et oui, je m'en confesse! Je suis infidèle aux cafés qui m'aiment.
Dernièrement, j'ai opté pour un Van Houtte qui se trouve sur mon chemin, en descendant de l'autobus. J'essaie de rester low profile. Je garde même mes écouteurs sur mes oreilles lorsque je commande, et j'essaie de sourire et de dire merci juste comme il faut, sans en mettre. Pas trop de eye contact, juste ce qu'il faut pour être polie.
Jusqu'à maintenant, ça semble fonctionner. Je me croise les doigts...



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