Bogue dans l'écosystème
Depuis le début de l'hiver, j'ai recommencé à prendre l'autobus pour aller au travail. Je devenais de plus en plus tendue et agressive par mes voyages en voiture, matin et soir. Avoir attendu encore deux semaines avant de recommencer à prendre l'autobus, j'aurais sans aucun doute pu figurer aux nouvelles de 18 h, dans un cas de rage au volant.
J'en veux pour preuve la fois où j'ai klaxonné et gesticulé outrageusement (et envoyé un "Eille, claire-toi d'in jambes, au moins", la vitre baissée) envers un gars qui venait d'avoir un accrochage, parce que le pauvre s'était garé dans la voie où je circulais et qu'il se tenait bêtement debout dans l'autre voie, à deux mètres de son char, afin de constater les dégâts à sa voiture (bloquant ainsi les deux voies, vous l'aurez compris). Il faut dire que "le pauvre" en question était un sacrament de crosseur qui n'arrêtait pas de couper le monde par la droite pour avancer plus vite dans l'espèce de tapon qui tenait lieu de route à deux voies dans laquelle on roulait à 7km/heure... C'est pas drôle, ça m'enrage juste d'en parler!
Bref, je prend maintenant l'autobus. Un endroit zen, toujours chaud, où tout le monde dort, ou lit, ou écoute de la musique dans ses écouteurs. Un endroit où j'ai toujours une place assise (la 32 et la 132 pour la Rive-Sud, ça n'a rien à voir avec la 80 sur du Parc, mettons, côté quantité de monde). Un endroit où il fait bon, à partir de notre voie réservée, voir la file de voitures qui attendent leur tour pour embarquer sur le Pont Champlain et se dire que, beau temps mauvais temps, nous, on arrive pas mal toujours à la même heure... Awww, l'autobus...
Et bien hier, dans ce bon vieil autobus, j'ai eu la chance et le bonheur d'être assise juste en avant de la fille qui parle le plus fort au monde. Le plus fort au monde entier. Dans toute la galaxie. Dans l'univers intersidéral. C'est pas mêlant, je ne m'entendais plus penser. Elle était assise tout au fond de l'autobus, et lorsqu'on a débarqué par la porte d'en avant, on entendais encore distinctement tout ce qu'elle disait.
Alors on a beaucoup appris sur Haïti, la console Wii, le fait qu'elle n'avait pas eu le temps de prendre ses pauses, qu'elle dîne à 11 h 30, sur sa grand-mère atteinte d'Alzheimer qui se fâche quand on lui rappelle pour la troisième fois qu'elle doit aller se laver. Moi avec je me fâcherais si on me parlait aussi fort!!! Câline!!! Steph et moi (on était ensemble), on a même décidé d'un commun accord de ne pas se parler pendant le voyage. C'était peine perdue, elle parlait trop fort et il fallait nous-mêmes trop hausser la voie pour s'entendre.
N'empêche, c'est drôle pareil les gens qui n'ont aucune retenue comme ça. Et en plus elle parlait avec une petite madame qui avait, elle, une toute petite voix... Peut-être qu'elle était gênée par son interlocutrice...
Bref, j'espère que mon havre de paix n'est pas contaminé pour toujours. Car je dois dire que, dans la 32 et la 132, on voit pas mal toujours le même monde... Je vous en reparlerai! C'est tout un écosystème!
