mercredi 9 décembre 2009

Émotions extrêmes

Je n'ai pas beaucoup écrit récemment. Certaines personnes m'ont même demandé ce qui se passait. N'avais-je rien à raconter? Étais-je trop occupée? Un peu des deux, peut-être... Ou peut-être tout simplement vivais-je des choses que je ne pouvais pas raconter? Que je ne voulais pas raconter?

Et bien à force de ne pas raconter, on finit par se faire prendre par la vie... À force de cacher les bonheurs que l'on vit pour pouvoir tout dévoiler au moment prescrit par les règles sociales, on finit par n'avoir plus rien à raconter... Et comme certaine expériences changent dramatiquement le cour d'une vie, je me suis dit que si je ne racontais pas maintenant ce qui m'est arrivée, il manquerait une parcelle de vérité à toutes les prochaines histoires que je raconterais ici. On ne peut simplement pas passer outre certains moments de vie quand on veut projeter une image de soi qui soit vraie...

Alors voilà l'histoire. Le mardi 27 octobre 2009, j'ai vécu un des plus beaux moments de ma vie. Un moment à couper le souffle. Une surprise sans nom, totalement inattendue et inespérée. Ce mardi là, j'ai appris que j'étais enceinte. Contre toute attente, et ce juste au moment où mon amoureux et moi entreprenions des démarches avec une clinique de fertilité, j'apprenais que la nature avait fait son œuvre. Non pas un, mais deux tests de grossesse m'indiquaient qu'un petit être prenait tranquillement forme dans mon ventre.

Mon amoureux et moi étions aux anges... La future chambre prenait forme dans nos esprits. Des noms nous "popaient" en tête. Nous nous mettions d'accord sur les valeurs de base à transmettre, les compromis que nous ne voulions pas faire dans notre couple, les changements que nous étions prêts à assumer... Nous nous préparions à être les meilleurs parents possible pour ce petit bout de nous.

Puis, la fatigue du début de grossesse s'est installée. Une fatigue qui me transformait en éléphant tellement je me sentais lourde parfois! Et des douleurs qui me transperçaient la poitrine. Et le dégoût de la viande. Ouach!!! À lever le cœur! Et également le deuil des bains très chauds, de la caféine, des viandes froides et bien sûr de l'alcool, bien que ce dernier deuil soit étonnamment le plus facile à assumer. Mais ces désagréments, je les embrassait de tout mon être. J'étais enceinte!!! J'étais prête à vivre tout ce "négatif" pour tenir dans mes bras le plus positif qui soit, notre petit bébé.

Les inquiétudes n'ont toutefois pas tardé à surgir. Le dimanche 8 novembre, de légers saignements m'ont déstabilisée. Un appel chez le gynéco me rassure momentanément. Il est fréquent, en début de grossesse, de voir de légers saignements. En fait, ce serait genre une femme sur trois qui les expérimenterait. Mais le mardi, les saignements sont toujours présents. À huit heures du soir, mon chum arrive du volleyball. Je lui demande s'il accepterait de venir à l'urgence avec moi, histoire d'en avoir le cœur net. C'est parti pour une nuit à l'hôpital! Nous voyons le médecin à 4 heures du matin. Celle-ci m'examine et semble positive. L'utérus est bien fermé, et je ne saigne plus. Selon elle, je m'inquiète pour rien. Mais elle me prescrit quand même une échographie pour le lendemain matin, en radiologie. L'échographie révèle que j'ai bel et bien un bébé dans mon utérus. Un bébé de 5 semaines et 2 jours... 5 semaines et 2 jours? Impossible. Mes calculs indiquent que j'en suis à 6 semaines et 5 jours... Et vous ne le savez peut-être pas, mais une fille qui essaie d'avoir un bébé depuis près d'un an, ça connait sa date d'ovulation. Ça prend sa température. Et 5 semaines et 2 jours, c'est impossible...

Mais le médecin me rassure. Tout est possible, avec la nature, et je suis bel et bien enceinte. Il ne reste qu'à attendre mon rendez-vous chez le gynéco, le 2 décembre, pour voir si le bébé se développe normalement.

Je vis des journées légèrement angoissantes. Mais les saignements disparaissent. Je me calme un peu, en me disant que les chances pour que tout aille bien sont quand même plus grandes que les chances pour que quelque chose tourne mal.

Le 21 novembre, les saignements reprennent. Très faiblement. Et comme par magie, le bureau de mon gynéco m'appelle pour savoir si je désire devancer la date de mon rendez-vous! Évidemment! Ce sera donc le vendredi 27 novembre, juste avant de partir en week-end d'amoureux pour fêter nos deux ans à mon chum et moi.

Le vendredi après-midi, mon amoureux et moi arrivons chez le gynéco. J'ai le coeur qui veut sortir de ma poitrine tellement je suis angoissée! Le médecin me passe une échographie avec un vieil appareil pas très précis. Le bébé a grandit depuis la dernière fois!!! Ouf!!! Bonne nouvelle, il semble être autour de 7 semaines... Encore un peu petit selon mes calculs, mais le médecin est confiant! "Vous êtes enceinte jusqu'au cou", me dit-il, tout joyeux. "Arrêtez de vous inquiéter". Il me demande quand même de revenir le voir le jeudi suivant, afin de mieux mesurer le bébé, car il est encore trop petit pour que son appareil puisse faire une datation qui a de l'allure. Le jeudi suivant, il devrait avoir doublé de volume.

Rassurés, nous passons un week-end de rêve dans les Laurentides. Le jeudi suivant, 3 décembre, je vais à mon rendez-vous chez le gynéco, un peu angoissée quand même, mais ne demandant qu'à être rassurée.

Le bébé n'a pas grandit.

L'échographie montre le même sac que la dernière fois. Le même embryon. Pas de cœur qui bat.

Le bébé n'a pas grandit, alors qu'il aurait dû doubler en presque une semaine.

Je suis totalement dévastée. Le médecin est lui aussi un peu sous le choc. Il y croyait. Il me regarde avec des yeux tellement doux, pour me dire que selon lui, c'est finit. Que la grossesse s'est arrêtée. Il me demande de passer à l'urgence de l'hôpital le lendemain, pour faire une dernière écho, pour vérifier... Si le tout se confirme, c'est le curetage...

Le vendredi 4 décembre, toujours le même verdict. La grossesse s'est arrêtée à 7 semaines. Soit autour du 23 novembre. En plein lorsque mes saignements ont recommencé. C'est comme ça. Sans raison. Ou sûrement qu'il y avait une très bonne raison, mais je ne la connaitrai jamais.

Le samedi matin 5 décembre, j'entre à l'hôpital pour une chirurgie d'un jour. Un curetage. On nettoie tout, sous anesthésie générale s'il vous plaît, et c'est fini. Je ne suis plus enceinte.

Je ne sais pas quoi dire. Toutes les personnes autour de moi qui étaient au courant et qui ont appris la nouvelle ont une histoire de fausse couche à raconter. Tout le monde me dit que unetelle a fait une fausse-couche, puis est tombée enceinte quelques mois après. Je sais. Je comprends. Je trouve ça plate quand même.

Je dirais que la seule histoire qui m'ait vraiment touchée est celle de ma mère. Je savais que maman avait déjà fait une fausse couche. Je ne savais juste pas à quel moment. Et bien elle m'a appris que c'était entre ma sœur et moi. C'est donc dire que si maman n'avait pas fait une fausse couche, je n'existerais pas. Il y aurait quelqu'un d'autre à ma place. Et je ne sais pas, mais ça me fait mieux accepter le fait que ma première grossesse se soit arrêtée... Je ne sais pas comment l'expliquer. Comme si le prochain bébé a autant le droit de naître que celui qui n'est pas né...

Mais l'angoisse, évidemment, est de me demander si je retomberai enceinte. C'est tellement facile à dire "Oui, oui, c'est sûr!!! Tu es tombée enceinte une fois, tu vas tomber enceinte de nouveau"... Je voudrais bien vous voir à ma place... Mais je devrai prendre ça au jour le jour, et rester positive. Quoi qu'il arrive! En attendant, je dois patienter deux mois, le temps que mon utérus se replace.

Et surtout, j'ai la chance d'avoir le chum le plus merveilleux au monde, la famille la plus extraordinaire, et des amis tout aussi incroyables. Impossible de me plaindre alors que j'ai déjà mille fois plus que bien des gens. J'ai une belle vie. Je ne veux pas m'apitoyer sur mon sort. Mais je serai certainement fragile encore quelque temps. Mais pas trop longtemps, promis!

Pour ceux à qui je n'avais rien dit, ne m'en voulez pas. Je voulais tellement attendre le fameux trois mois de grossesse pour pouvoir vous annoncer la nouvelle! Je me voyais déjà, toute énervée, partager mon bonheur avec vous. Je voulais vous faire la plus belle surprise pour Noël! Mais voilà, ce n'est pas moi qui décide. Et je n'en peux plus des cachoteries. Vous savez, maintenant. Et c'est mieux ainsi.

Je vous aime, et je sais que vous m'aimez. Et c'est ça qui compte pour moi, en ce moment.