L’anniversaire de la vie
Tu ne pensais pas que je t'avais oubliée. Certainement pas. Tu me trottes dans la tête tous les jours. Tu me fais des coucous, au hasard des chemins. Ici, un enfant qui fait des bulles. Là, une boîte aux lettres couverte de coccinelles. Et chaque fois, je te dis : « Tiens, salut! Ça va ma belle? ».
Le tonnerre qui gronde et la pluie qui tombe à pleines cordes sont comme tes éclats de rire cristallins. Tu fais peur à Jakkar, ma coquine. Toi qui commençais à peine à ne plus le craindre...
Un an a passé depuis ton départ. Je vais bien. J'ai souvent l'impression que tu es là, sans blague. Ça me fait peut-être simplement du bien de le penser.
La vie a tellement changé en un an. Je me suis accrochée un parachute dans le dos, et j'ai sauté. Le vide est effrayant, mais combien c'est stimulant de se laisser porter par les courants d'air...
J'ai souvent ta chanson dans la tête. La chanson de Luc, en fait... Je vais te confier un secret : pour une raison que j'ignore encore, les paroles se sont glissées entre mes feuilles de donjon. À chaque fois que je joue, au tout début de la partie, lorsque je regarde mon personnage, je fais un saut. J'oublie qu'elles sont là, d'une fois à l'autre. Et j'ai une petite pensée pour toi à ce moment là précis... Quand je ferme les yeux...
J'ai finalement réussi, après plusieurs mois, à t'enlever de mes contacts de MSN. C'était comme trop de voir tout le temps ce « Faut c'qui faut, alors... God save the Queen »... Ça te rendait trop vivante, tu comprends? Comme si t'allais poper d'une seconde à l'autre pour me faire un coucou. D'ailleurs, je me sers de MSN à peu près seulement pour le boulot, maintenant. Un petit coucou à Mat, Sandra ou Clau une fois de temps en temps, sans plus. T'étais ma pote de MSN. Hehehe...
T’étais tellement plus, aussi…
J'ai pas envie de t'oublier. J'ai pas envie de dire : « Bon là, ça fait un an, alors c'est assez, on passe à un autre appel ». J'ai juste envie d'arrêter d'avoir de la peine quand je pense à toi. Je ne veux plus pleurer. Ça s'en vient.
J'ai envie d'arrêter d'être choquée par l'injustice de ta mort trop rapide. Ça, c'est plus difficile.
J'ai envie de croire que mon frérot va mieux. Et ça, je le crois. Il va bien, ton Luc. Te rencontrer l'a transformé. Et, bien que ta musique ait été magnifique, j'ai plaisir à penser qu'une de tes plus grandes œuvres aura été de sortir mon frérot de sa tour. Il est là, encore tout près des murs, s'occupant de son jardin, cueillant les fruits de sa détermination dans la petite forêt entourant cette sombre demeure... Mais il reste à l'extérieur de la pierre, s'éloignant de plus en plus de sa geôle. Et cette joie de vivre qu'il cherche, c'est ton souffle qui en a fait germer la graine.
Les derniers mots que tu m'as dits, accotée dans le cadre de porte de ma chambre, étaient : « Passe un belle fin de semaine toute seule en camping, ma belle. Je t'aime. » Pour être franche, je ne me rappelle plus si tu m'a vraiment dit je t'aime... Mais c'est ça qui va rester dans mon souvenir. Bon. Si tu ne l'as pas dit, tu le pensais. Je le sais. :-)
Alors voilà. La vie continue. Tu te rappelle, quand on a fêté ta nouvelle vie? La fête des décisions déchirantes qui changent le cours d'une vie. C'était rendu ça, notre façon de voir les choses. Il fallait prendre les décisions qui allaient influencer positivement la suite. Et bien voilà : je décrète que le 25 juin sera dorénavant la journée des mises au point de vie. La journée des discussions avec les personnes chères, des décisions, des prises de conscience. Le 25 juin, ce sera l’anniversaire de la vie. Ok, beauté? T’es d’accord avec ça?
Tu continues à m’envoyer des orages de temps en temps, d’ac? J’ai une super belle galerie maintenant sur laquelle je peux m’asseoir pour les admirer, avec mon amoureux. De mon côté, je te promet d’essayer d’arrêter de pleurer, de boire plus d’eau et de vivre le plus longtemps possible, heureuse.
Et puis reste pas trop loin, des fois que je me mettrais encore les pieds dans les plats. Regarde à l’horizon pour moi, stp, ok? Moi, je vais essayer de me concentrer sur le présent et de faire le plus possible avec ce que j’ai. Et j’ai beaucoup, je ne risque pas de m’ennuyer.
Tourlou, ma beauté.

3 commentaires:
Ça été mes premières paroles fredonnées, ce matin, à moi aussi.
Juste après avoir vu le soleil, dehors, et m'être dit: il risque de faire aussi chaud que l'année passée, à la même date. Mais puisque je ne suis pas superstitieuse..
Puis j'ai pensé à Luc, bien sûr, et à toi, cela va de soi, mais aussi à la "petite" Julie McCabe, à qui j'ai envoyé une petite pensée, aux photos d'Antoine, à Félix et à sa façon de raconter ces événements de façon si drôle, mais touchante, vivante.
Quand Luc m'a téléphoné, tantôt, vers 13h30, j'étais contente d'entendre sa voix, sans cette douleur, ce cri d'alarme qu'il y avait il y a un an. Un souvenir exorcisé...
...comme tu dis, c'est grace à sa sortie de sa tour, bien qu'il soit tout de même encore sur le toit de celle-ci, à se bâtir une échelle avec les plantes grimpantes de son jardin! Au moins il voit le soleil à l'horizon, maintenant, et les étoiles!
Comme tu as raison de faire de cette journée un anniversaire, parce que chaque personne qui vous côtoie et qui ont vécu cette année près de vous ont certainement pris conscience d'un tas de choses, à commencer par prendre le temps de dire à ceux qu'on aime à quel point ils nous font du bien. Alors il ne faut pas l'oublier, cette journée, puisque c'est à cause d'elle qu'on a pris conscience de notre état de VIVANT!
Bon anniversaire, petite soeur
Je t'aime
xxx
Et finalement, il ne fait pas aussi chaud que l'an passé, alors pour les superstitions, on repassera. Hi!Hi!Hi!
*larmes dans les yeux* De toute façon, un an ou dix, ça ne demeure que du temps, aussi élastique que l'espace qui ne finit pas de grandir et grandir; une boule de feu incandescente qui avale le noir et répare des toits.
De mon côté, je préfère venir lire ta lettre plutôt que d'en écrire une encore trop sombre pour mes yeux à moi.
En ce moment, il fait soleil dans ma tête, mais je suis peut-être sorti de ma tour en piteux état, elle est toujours là, comme un boulet qui rapetisse à vue d'oeil, mais qui est là quand même.
Merci Chantale, je ne peux rien dire de plus que ce que tu as écrit, à part que mon coeur est encore rempli d'amour. Pour Julie, pour toi, pour Christine, pour tout le monde, et je ne veux pas que ça s'arrête, peu importe ce qui pourrait arriver.
J'aime la vie et c'est ce qui importe, pour le moment. :O)
Ah wow, c'est tellement beau et touchant ce que tu as écrit. Bien que je ne connaisse rien de votre histoire, je suis émue.
Bises xx
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